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Nouvelles

Les concepteurs

Programme 2003 (format PDF : 783 Ko)

La quatrième édition du Festival international de jardins de Métis se tiendra du 21 juin au 21 septembre 2003 et sera constituée de 3 volets principaux :

MÉTIS in situ
MÉTIS extra-muros
MÉTIS international


MÉTIS in situ

Antonio Perazzi; Italie/Italy
Bleu de bois


L'architecte paysagiste milanais Antonio Perazzi invite à vivre nus pieds l'expérience de son Bleu de bois au ras du sol, pour mieux ressentir son hommage aux éléments premiers comme sources intarissables de l'art des jardins.

Le jardin

Du bleu dans le bois. Le bleu du ciel, le bleu de l'eau qui rappelle le fleuve, le bleu des fleurs qui évoque le pavot himalayen emblématique des historiques jardins de Métis. Le bois des arbres tout alentour de la clairière irrégulière, le bois des carrés d'eau et de fleurs encastrés et dispersés selon une trame dissoute, le sol recouvert d'une épaisse couche de noyaux de cerises. À la recherche d'une mise en relation fusionnelle entre son intervention et l'environnement métissien, Antonio Perazzi développe un langage jardinier à la fois hautement épuré et finement articulé.

Ainsi, pour répondre à la puissance des composantes primordiales du paysage local – le ciel, la «mer» et la forêt -, il créé et met en application une rigoureuse règle des trois unicités : unicité chromatique – une seule couleur, le bleu -, unicité matérielle – une seul matériau, le bois -, unicité morphologique - une seule forme, le carré d'un mètre de côté. Puis, s'inspirant de la subtile harmonie naturelle ambiante, il réalise une souple mise en scène des éléments : le bleu est d'eau et de ciel reflété ou de fleurs savamment associées, le bois est en planches ou en noyaux, la trame carrée engendre un damier central mais se dissout en périphérie.

Et le but ultime de la composition, c'est de convertir cette vision de l'art des jardins comme hommage au génie du paysage naturel en expérience marquante pour le visiteur. Il s'agit de lui permettre de remonter doucement vers les forces essentielles en présence à mesure qu'il chemine dans cette interface Bleu de bois. Les carrés de fleurs et d'eau sont autant de points de rencontre jardiniers avec les éléments primordiaux et le choix de la couleur bleue est non seulement lié à celle du ciel et du fleuve mais également symbole d'ingénuité.

Dans sa démarche, Antonio Perazzi a en effet été inspiré par le roman de Raymond Queneau Les Fleurs bleues, et plus précisément par son édition italienne préfacée par Italo Calvino. Ce dernier y rapporte qu'il a interrogé l'auteur sur les raisons de l'énigmatique titre du livre et précise qu'il fut choisi en référence à l'expression «être fleur bleue» qui désigne l'état d'une âme rêveuse, fraîche et nature, empreinte d'innocence et de franchise.

Le concepteur

Antonio Perazzi est un jeune architecte paysagiste italien, actif depuis 1996. Il est l'auteur d'importants projets de jardins privés en Italie, en Suisse, aux États-Unis et au Koweït. Son bureau milanais est désormais aussi responsable de l'aménagement paysager de centrales thermoélectriques selon une approche environnementale novatrice et de la création d'un jardin de stimulation pour patients atteints de la maladie d'Alzheimer. Antonio Perazzi a également créé des jardins temporaires pour l'exposition internationale Ars Topiaria de Lucca (Italie, 2001) et pour la neuvième édition de la Biennale d'architecture de Venise (Italie, 2000, avec Franco Zagari). Il a développé un intérêt particulier pour la conception de contenants jardiniers expérimentaux qui se prolonge à Métis dans sa trame dissoute de jardinières et bassins insérés dans le sol.

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Maria Goula, Anna Zahonero (Alexandre Campello, Andrew Harris, Claudia Illanes); Catalogne/Catalonia
Summer-dry


Catalogne

Les catalanes Anna Zahonero, biologiste, et Maria Goula, architecte, abordent ici de rudes réalités de l'environnement méditerranéen avec une vision nuancée et donnent ainsi naissance à un saisissant jardin géométrique et contrasté.

Le jardin

Voici un jardin qui s'inscrit radicalement à contre-courant de la logique usuelle de manipulation de l'espace-temps. En effet, il ne s'agit pas ici de tenter de fixer un idéal moment-paysage fugitif au prix de considérables efforts pour juguler la résistance de l'environnement à la transformation qu'on lui impose.

Au contraire, l'équipe catalane formée autour de Maria Goula et Anna Zahonero a choisi d'exporter vers Métis une image jardinière adaptée et durable d'une difficile réalité persistante du paysage méditerranéen : la sécheresse. Et dans les faits, ce phénomène est en particulier abordé par l'évocation de sa manifestation-limite : le feu de forêt dont on entretient ici le souvenir en préservant ses traces. Ainsi, un sol minéral uniforme, noir comme charbon, met en évidence une série de lignes droites parallèles, comme l'incendie révèle les installations rurales dans toute leur orthogonalité, en les mettant à nu. Comme dans un site archéologique, le visiteur cheminera au-dessus du sol, sans y toucher, sur des circulations bien démarquées par leur caractère oblique.

Mais dessèchement et calcination ne riment pas qu'avec isolement et désolation : l'aride traversée se conclut par la découverte d'une enceinte de paille qui rappelle tout d'abord que l'été est aussi la saison des récoltes. Ajourée et évasée, la construction semble vouloir à la fois protéger son contenu, laisser entrer les rayons du soleil et concentrer d'hypothétiques eaux de pluie à la manière d'un impluvium. Sous la forme d'un carré de pins en pots, elle abrite en fait des préparatifs de reforestation qui pointent simultanément la fragilité du paysage et la fonction de régénérateur de l'incendie.

Finalement, le jardin s'ouvre sur l'environnement. Et l'on comprend alors que, prenant le contre-pied de l'approche courante de conception de jardins comme oasis de pureté importés du monde des rêves ou des souvenirs idéalisés vers un environnement souvent foncièrement récalcitrant, l'équipe catalane a créé une œuvre expressive et significative qui n'exige pourtant aucun entretien et fait voyager le visiteur en exploitant les caractéristiques méditerranéennes du paysage local : la grande bleue et la pinède métissiennes. Et si l'été gaspésien faisait revivre la terre brûlée? Nul n'irait le contrarier.

L'équipe de conception

L'équipe de concepteurs de Summer – Dry est composée de la biologiste Anna Zahonero et des architectes Maria Goula, Claudia Illanes, Andrew Harris et Alexandre Campello. Ils sont tous impliqués dans le diplôme de premier cycle et dans la maîtrise en architecture de paysage de l'Université polytechnique de Catalogne, à Barcelone. Tous sont également actifs au sein du Centre de recherche et de projet en paysage de leur université, où ils développent à la fois des projets d'aménagement paysager et des recherches scientifiques sur le paysage et la gestion du territoire.

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STUDIO.EU (Paola Cannavò, Ippolita Nicotera, Francesca Venier); Italie/Italy
Italian Fragment

L'atelier berlinois Studio.eu représente au Festival le pays d'origine de ses trois animatrices avec un fragment du plus populaire de tous les jardins italiens ou du plus italien de tous les jardins populaires : le terrain de soccer.

Le jardin

Invitées italiennes de Métis, Paola Cannavò, Ippolita Nicotera et Francesca Venier ont choisi de travailler sur des formes universelles. Soit d'une part la pratique courante et historiquement dominante de l'art du jardin comme opération de sélection et de recréation d'un fragment de paysage. Et d'autre part, la figure du stade, enclos de verdure manucuré coupé du reste du monde, c'est-à-dire jardin qui s'ignore par excellence.

Les conceptrices ont directement appliqué la méthode convenue à l'objet banal et le résultat est tout sauf conventionnel : une portion rectangulaire de terrain de soccer s'installe dans le paysage métissien, un tapis de gazon impeccable, parcouru de lignes blanches éclatantes et ponctué d'un but et d'un piquet de coin à fanion, est parachuté en bord de fleuve.

Le choix du type de stade représenté n'est bien sûr pas anodin. Il s'agit d'un fragment de terrain de soccer car les conceptrices italiennes ont voulu valoriser la culture populaire du paysage de leur pays et la partager avec le public du Festival. Le peuple d'il bel paese (le beau pays) est en effet doué d'une remarquable propension à interpréter spontanément l'environnement comme terrain de jeu. Le dimanche à la campagne ou sur la plage, il y a toujours un ballon qui l'accompagne, et quelques vêtements déposés sur l'herbe ou sillons tracés dans le sable ont vite fait de transformer l'espace.

Hommage à l'art de vivre le paysage comme aire de jeu et invitation à s'y adonner sur-le-champ, cet Italian Fragment n'en est pas moins une occasion de réflexion sur les conséquences environnementales des fastueux développements commerciaux d'activités de plein air. Car transposées à l'échelle de l'industrie des loisirs, les stratégies d'appropriation ludique du paysage se révèlent dangereuses en ce qu'elles accaparent des quantités phénoménales de ressources essentielles à l'équilibre environnemental. Ainsi, en un coin, le rectangle vert se soulève et dévoile son secret de verdure : l'eau qu'il consomme sans compter. Les visiteurs auront le choix : boire ou arroser.

Et si les ondulations du sol sont là pour inviter à s'allonger et à profiter du paysage, elles ne sont pas sans évoquer par ailleurs les aimables aménagements typiques du parcours de golf, équivalent nord-américain du terrain de soccer en tant que buveur d'eau. Finalement, la structure du but qui déborde du fragment cadre une vue sur le paysage et fixe un objectif clair : apprendre à savourer tout en préservant.

Les conceptrices

Paola Cannavò, Ippolita Nicotera et Francesca Venier sont architectes et représentent au Festival leur pays d'origine, l'Italie. Diplômées entre 1993 et 1997 – à Rome pour deux d'entre elles et à Milan pour la troisième -, elles se sont toutes trois établies en Allemagne, à Berlin, à l'issue de leurs études. Leurs trajectoires ont ensuite convergé plus fortement encore : elles ont développé une pratique multidisciplinaire commune en collaborant aux projets du bureau d'architecture de paysage de Stefan Tischer. En juin 2000, elles fondaient Studio.eu, leur atelier de conception architecturale, urbaine et paysagère qui est depuis lors actif en Allemagne et en Italie.

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Siham Ben Sari; Maroc/Morocco
O Hendiya


L'invitée marocaine du Festival organise à Métis une fête des sens en l'honneur de la massive et piquante Hendiya, plante incomprise en son pays : elle lui dédie une interprétation contemporaine du traditionnel jardin de paradis musulman.

Le jardin

Représentante du Maroc à l'édition méditerranéenne du Festival, Siham Ben Sari joue habilement sur le thème des relations horticoles internationales pour créer un jardin plein de sens mais néanmoins essentiellement sensuel. Formée en architecture de paysage à l'Université de Montréal, elle profite de ce retour en Amérique pour réparer l'injustice qui frappe au Maroc une plante importée du Mexique au XIXe siècle? et ce en lui créant un écrin odorant inspiré du modèle ancestral de jardin sacré domestique marocain.

La Hendiya a en effet reçu au Maroc un accueil sans rapport avec la légendaire tradition d'hospitalité du pays. Elle y est principalement exploitée pour son exceptionnelle résistance et ses caractéristiques défensives : volumineuse et hérissée d'aiguillons, elle sert le plus souvent de barrière rebutante autour de terres agricoles et de bidonvilles. Or, Siham Ben Sari considère que c'est là non seulement mépriser la grande beauté plastique de ses raquettes ovales charnues et les charmes de ses fruits suaves et de ses fleurs insolites, mais aussi, dans un contexte de sécheresse croissante, négliger la remarquable valeur environnementale d'un végétal parfaitement adapté.

Et cette forte charge conceptuelle est source d'une puissante expression jardinière narrative qui fait intensément vibrer à Métis la culture, les couleurs et les parfums de la méditerranée marocaine. En fait, la conceptrice réécrit l'histoire de l'arrivée d'Hendiya dans son pays. Ainsi, elle fait d'abord danser les créatures du désert en longues bandes élégantes ondulant sur les flots d'une grande bleue minérale. La ville est en vue, évoquée sous la forme d'une enceinte textile. Au son bienveillant des youyous, l'entrée s'avère triomphale et tout bascule : la plante revalorisée et le visiteur qui l'accompagne se trouvent instantanément projetés dans l'ordre sacré d'un jardin de riyad.

L'O Hendiya de Siham Ben Sari emprunte en effet sa partie cloisonnée au riyad, traditionnelle demeure marocaine débouchant sur une cour aménagée selon le modèle immuable du jardin de paradis musulman. Figures des fleuves inaltérables d'eau, de lait, de vin et de miel décrits dans le Coran, quatre allées découpent le carré en quartiers où les Hendiya trônent dans des parterres de plantes délicieusement aromatiques, derrière des gasaâts de bienvenue, larges assiettes creuses où flottent sur l'eau des bougies et des pétales de rose. Le tout sur fond d'oranges, de citrons, de fleurs de bougainvillées et de feuilles de figuiers car les plus vénérés végétaux marocains ont cédé leur place à l'épineuse émigrée mexicaine et lui offrent une éclatante enceinte protectrice. Une fête des sens à savourer en son centre sous le doux filtre d'une guitoune formée de blancs vélums.

La conceptrice

Siham Ben Sari est une jeune créatrice marocaine qui s'est formée à l'architecture de paysage et au design d'intérieur à la Faculté de l'aménagement de l'Université de Montréal, de 1993 à 1998. Elle a ensuite pratiqué l'aménagement paysager au Québec et en France, avant de retourner en 2000 à son pays d'origine où elle pratique simultanément son autre spécialité, le design d'intérieur. En 2002, à Casablanca, elle a créé L'Agave bleu, son bureau de design de paysage et d'intérieur. Sa formation et sa pratique multidisciplinaires et internationales sont d'ailleurs à mettre en rapport avec l'interprétation contemporaine du jardin de riyad qu'elle présente à Métis en l'honneur d'une plante importée au Maroc depuis le Mexique.

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EKIP (Thierry Beaudoin, Sinisha Brdar, Patrick Morand, Marc Pape); Québec, Canada
Parallaxe Boogie-woogie


Actualisation, en version treillis tubulaire tridimensionnel chaotique, de la thématique plurimillénaire du labyrinthe, par quatre jeunes concepteurs. Insondable effet de parallaxe garanti et option Boogie-woogie disponible.

Le jardin

Métaphore de la condition humaine contemporaine, de ses complexités et anxiétés, le labyrinthe d'ekip réinterprète les réseaux inextricables, les flux chaotiques et l'hyperactivité de la société contemporaine sous la forme d'un terrain de jeux et d'évasion de la raison.

En plan, le labyrinthe est contenu dans un rectangle, forme rationnelle simple et universelle accusant l'artificialité de l'intervention, comme son sol minéral vert uniforme. Un assemblage tridimensionnel de tubes, formant une composition libre, dynamique et chaotique, constitue le corps du labyrinthe et définit le parcours des allées, tout en restant perméable et ambigu. Cette forme abstraite tient compte et absorbe des composantes perceptibles du site (ruisseau, chemin, arbres, pierres, etc.). Discrètes, l'entrée et la sortie s'effectuent tangentiellement à la structure. La couleur générale verte contribue à la symbiose avec l'environnement et à la désorientation. Sol, tubes et végétaux se répondent dans une unité monochromatique relative. Ainsi, Parallaxe Boogie-Woogie initie à Métis un rapprochement entre la culture des réseaux et l'imaginaire lié à l'érablière, aux rhizomes, aux racines.

La transparence remplace l'opacité du labyrinthe traditionnel et provoque l'effet de parallaxe : le vertige du visiteur provient tout d'abord du caractère insaisissable de cette structure dont l'image échappe constamment à qui tente de la fixer. Boogie-woogie : ainsi, tout paraît en mouvement permanent et invite à rentrer dans la danse, à délaisser le cheminement au profit du franchissement.

Et promenade et escalade sont en effet les deux manières complémentaires d'explorer ce dédale de vide et de vues. Attracteurs étranges, huit événements végétaux, minéraux et architecturaux organisés pour l'occasion ponctuent le parcours de découvertes et agissent comme ancrages d'expériences spécifiques de différents lieux. Le visiteur croise ces éléments qui l'invitent à grimper, à se regarder, à contempler, à jouer, à surplomber, à communiquer? Les végétaux qui entrent dans leur composition sont en dialogue morphologique et chromatique avec le labyrinthe qui, lui-même, fait écho au dédale d'épinettes bordant son site d'implantation et instaure un dialogue de troncs et de tubes.

Or, avec la Raison moderne s'est installé le règne de la ligne droite et de la clarté. Et la figure fascinante du labyrinthe devenue indésirable s'est réfugiée? dans les jardins où elle vint domestiquer la forêt, souvent considérée comme repère du mal et du danger, pour transformer cette nature hostile en jeu maîtrisé. Entre temps, d'autres enchevêtrements sont venus nous hanter et le Parallaxe Boogie-woogie d'ekip prolonge pertinemment la tradition du labyrinthe de jardin en tissant avec elle, avec nos démons contemporains et avec son lieu d'insertion, un puissant réseau de correspondances. Le tout sous la forme d'un jardin ludique et libérateur à découvrir à l'instinct et, comme diraient tous en chœur ses concepteurs Thierry Beaudoin, Sinisha Brdar, Patrick Morand et Marc Pape : «Let's Boogie!»

Les concepteurs

Les quatre membres d'ekip sont autant de diplômés en architecture de l'Université de Montréal des promotions 1997 et 1998. Deux sont aujourd'hui actifs dans des bureaux d'architecture montréalais, soit Thierry Beaudoin à l'Atelier Big City et Marc Pape chez Saïa et Barbarese. Sinisha Brdar œuvre également en tant qu'architecte, à Ottawa, auprès de Travaux publics services gouvernementaux Canada. Patrick Morand a quant à lui complété sa formation en Suisse, en étudiant le graphisme, discipline qu'il pratique aujourd'hui au sein du studio Dixsept. Ensemble, ils ont créé ekip, rassemblement informel qu'ils aiment à qualifier de « Collectif ouvert sur l'exploration et l'échange d'idées sur le design, l'architecture et la société contemporaine ».

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Stefan Tischer; Québec, Canada
Homme-nature-jardin


Délectable et révélateur exercice de déconstruction des repères jardiniers par fragmentation, dissémination ou remise en contexte, et par la confrontation du visiteur avec des instruments de mesure de la démesure du projet jardinier.

Le jardin

Reposer l'éternelle question fondatrice de l'art des jardins - celle du rapport de l'homme à la nature -, de manière sensible, pour la rendre accessible au vaste public du Festival : tel est le généreux projet de la création de l'architecte paysagiste d'origine allemande et de renommée internationale Stefan Tischer, directeur de l'École d'architecture de paysage de l'Université de Montréal.

Et la réflexion expressive commence par l'interrogation artistique sur la notion de territoire. Où, en effet, sont les limites de ce jardin qui est tout sauf un objet isolé ? Homme-nature-jardin enjambe la promenade du Festival, se glisse dans le boisé deux fois plutôt qu'une, s'étire vers l'intérieur des terres et glisse sur la pente de la falaise pour entrer dans le Saint-Laurent. Et Stefan Tischer prend bien soin de ne laisser fermée aucune forme d'enceinte naturelle : à travers le boisé et par-delà le ruisseau, il ouvre dans toutes les directions des perspectives sur l'environnement, qu'il soit côtier, forestier, festivalier ou agricole.

Ainsi se voit actualisé l'idéal d'artialisation intégrale du territoire qui sous-tend les pratiques jardinières et paysagères depuis leurs plus lointaines origines et qui se trouve clairement exprimé dans les modèles canoniques des jardins français et anglais. Et, comme autant d'éléments standardisés d'une clôture modulaire qui aurait éclaté, un ensemble de portiques identiques disséminés du fleuve jusque dans la friche agricole repend l'idée du jardin illimité sur un mode qui évoque simultanément une de ses formes historiques : la composition en tableaux successifs caractéristique du style pittoresque.

En effet, les structures métalliques sont les supports d'une exposition de photographies de regards humains, cadrages serrés sur des visages colossaux, en noir et blanc. Un séduisant jeu d'échelles et de contrastes à arpenter par mille fragments de sentiers tracés dans une coulée verte continue, pour prendre à nouveau la mesure de la démesure du projet jardinier.

Le concepteur

L'architecte paysagiste Stefan Tischer s'est principalement formé à l'Université technique de Munich, en Allemagne. À partir de 1992, il a mené une importante pratique professionnelle de l'aménagement paysager dans son pays d'origine et en Italie, de front avec une intense activité d'enseignant, de conférencier, de critique et de chercheur, à l'échelle internationale (États-Unis, Italie, Maroc, etc.). Stefan Tischer est lauréat de plusieurs concours d'envergure et ses recherches et créations ont été abondamment publiées et exposées. Il fait également partie des concepteurs de la revue européenne d'architecture de paysage Topos. Depuis 2002, il est le directeur de l'École d'architecture de paysage de la Faculté de l'aménagement de l'Université de Montréal.

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Christopher Bruce Matthews, Taco Iwashima; Etats-Unis/United States
The You are Here Garden


Inspirée par le caractère hautement civilisé de Métis-sur-mer, une méditation sur la notion de lieu à l'ère de l'hyper-domestication de l'environnement. Une création du Festival 2002, reprise pour marquer son succès public et critique.

Le jardin

À Métis, y sommes-nous vraiment lorsque nous y sommes? Et aussi, où sommes-nous vraiment lorsque nous y sommes? Voilà les questions que pose The You Are Here Garden, projet né des réflexions de ses concepteurs sur le rapport du touriste aux lieux qu'il visite. Et en effet, où sommes-nous exactement lorsque nous abordons un lieu avec l'esprit libre du vacancier mais néanmoins programmés par nos lectures de guides de voyage ? Pour Christopher Bruce Matthews et Taco Iwashima, le point annoté «You are here» typique des cartes de sites touristiques représente bien ce lieu abstrait que visite en fait le touriste.

Et le principal attrait touristique contemporain de Métis-sur-mer, soit son décor de lieu de villégiature historique lui-même emprunté à une Écosse mythique, leur a suggéré une autre référence pour leur intervention au Festival. Il s'agit des classiques cartes postales «Wish You Were Here» symptomatiques du sentiment de déracinement qu'éprouve le touriste dans les endroits pourtant hyper-civilisés où il se les procure.

Jouant sur ces deux référents, Christopher Bruce Matthews et Taco Iwashima proposent une mise en scène d'un fragment de pré sauvage prélevé à proximité du site, littéralement transplanté, et qui retournera dans son paysage d'origine après le Festival. Le visiteur traversera d'abord une impression photographique du lieu d'origine de l'implant sur un rideau monumental aux proportions de carte postale. Viendra ensuite la traversée en aveugle d'une forêt de banderoles «You are here» et la découverte hasardeuse de deux non-lieux déposés dans ce labyrinthe.

La principale destination de cette amusante et déconcertante promenade à tâtons dans l'abstrait est une salle rectangulaire à ciel ouvert où le morceau de territoire vierge déplacé est présenté dans un enclos jardinier. Là, on tournera autour du carré de pré étranger et on l'observera comme jamais on ne l'aurait fait sur son site d'origine. Trois chaises Adirondack invitent ici à s'engager dans une méditation sur l'expérience contemporaine des lieux et, en particulier, des paysages. Une quatrième se trouve cachée ailleurs dans le jardin, pour prolonger la réflexion dans une sorte de caisson d'isolation paysagère.

Les concepteurs

Christopher Bruce Matthews est un architecte paysagiste d'origine britannique et Taco Iwashima est une spécialiste du graphisme à l'échelle environnementale originaire du Japon. Tous deux ont longtemps travaillé au sein du bureau Tokyo Landscape Architects, au Japon, et sont aujourd'hui actifs à Cambridge, aux États-Unis. À eux deux, ils ont notamment collaboré avec les architectes Tadao Ando et Toyo Ito, et réalisé des créations temporaires remarquées dont un jardin sur le thème des éléments naturels pour le premier Festival de jardins de Chaumont-sur-Loire (France, 1992), un jardin zen composé de pissenlits au Salon des arts de Kyoto (Japon, 1998) et un jardin d'épouvantails fonctionnels à la Triennale d'art Echigo Tsumari (Niigita, Japon, 2000).

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SE BUSCA (Michele Adrian, Paula Meijerink); États-Unis/United States
Asphalt Garden


Audacieuse et vertigineuse réconciliation jardinière d'une myriade d'antagonismes : le duo de Se Busca implante au milieu du boisé une réjouissante cour asphaltée inondée.

Le jardin

C'est une clairière magnifiée et c'est une autoroute, c'est noir et c'est transparent, c'est un reflet mais l'on y chemine et s'assied, c'est un plan d'eau miroitant et c'est un stationnement uniformément asphalté, c'est un passage à gué ou un bain de pieds, c'est un parc d'amusement et c'est un bassin d'ornement, c'est une flaque d'eau sur une chaussée mal drainée et c'est un jardin féerique. Avec leur Asphalt Garden, Michele Adrian et Paula Meijerink prolongent l'immémoriale tradition du jardin comme lieu de médiation entre l'homme et son environnement.

Renversement de situation, cependant : dans un contexte d'humanisation intégrale du paysage, ce n'est plus le monde sauvage qui est domestiqué en terre civilisée par l'art jardinier, mais plutôt la jungle routière, prolifération planétaire de surfaces goudronnées agrémentées de signalisation, que l'on cherche à rendre aimable en milieu naturel. Car l'équipe Se Busca affiche un intérêt marqué pour les paysages ordinaires en tant qu'expressions caractéristiques de la culture contemporaine, aussi triviales soient-elles.

Or l'asphalte est un matériau de revêtement aussi universel qu'honni, soit un parfait défi pour qui veut réveiller la sensibilité à une modernité refoulée. Et, partant d'une vision poétique de la flaque d'eau urbaine comme écran magique (la lune dans le caniveau, l'architecture sur le trottoir?), les conceptrices parviennent effectivement à fusionner les contraires : la forêt de conifères métissienne, l'aplat d'asphalte marqué de signes graphiques et la pièce d'eau du jardin d'apparat.

Jouant sur la noire opacité de l'asphalte contre la claire transparence de l'eau, sur leurs capacités respectives à absorber ou à refléter la lumière, sur la consistante immobilité de l'un et sur la fluidité mouvante de l'autre, le jardin sait se fondre dans le boisé et l'étendre jusqu'à nous confondre. Les limites ainsi estompées sont encore niées par un ensemble de lignes fuyantes plus ou moins immergées ou émergentes qui, par ailleurs, introduisent le visiteur à l'essentielle dimension ludique de l'œuvre.

Les lignes jaunes de cette route devenue folle et réfugiée en forêt forment en effet un réseau de circulations qui invite autant à tenter une traversée au sec qu'à se mettre nus pieds pour barboter. Enfin, autre facétie de cette victime des heures de pointe venue se mettre au vert, le mélange et l'échange des lettres géantes standardisées de STOP et ONLY pour former LOLLYPOP ou SPY. Du bon usage de l'asphalte qui, selon les conceptrices, fut avant tout une des inventions libératrices les plus déterminantes pour la culture du XXe siècle.

Les conceptrices

Michele Adrian est une architecte vénézuélienne et Paula Meijerink est une architecte paysagiste néerlandaise. Toutes deux sont installées dans la région de Boston et considèrent Asphalt Garden comme une expression de leur vision culturelle intercontinentale en ce qu'il intègre la forêt métissienne, l'essence du Venezuela - le pétrole-, et l'essence des Pays-Bas - l'eau. En compagnie de quelques autres, elles ont à l'origine créé Se Busca pour le développement d'un projet paysager précis à Caracas. L'équipe se compose aujourd'hui de trois membres (elle est complétée par Miguel Divo) et reste active au Venezuela, tout en s'impliquant aux États-Unis et aux Pays-Bas.

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Marc Böhlen, Natalie Tan; Ontario, Canada
Unseen


L'artiste et ingénieur Marc Böhlen et l'architecte Natalie Tan croisent leurs regards à la fois sensibles et scientifiques sur la vie sauvage métissienne, pour nous mieux donner à voir de quoi elle est faite, et quelle image on s'en fait.

Le jardin

En des temps d'intensifs et extensifs arrangements de la nature - qui touchent autant les sols que les cours d'eau et toutes les formes de vie qui y sont présentes -, la forêt qui couvre près de la moitié du Québec se révèle être un territoire contrôlé, au même titre que la ville. Partant de ce constat, Natalie Tan et Marc Böhlen proposent un jardin qui exprime cette situation et en profite simultanément pour actualiser notre regard sur la vie quotidienne de la flore et de la faune gaspésiennes.

Au premier abord, la percée dans le boisé peut sembler avoir été naturellement colonisée par des fleurs sauvages, relayées sur le pourtour par des fougères et autres plantes de sous-bois qui instaurent une continuité entre clairière et forêt. Mais en fait, tout ici n'est que système méthodique d'inventaire en plein air.

Ainsi, huit bandes parallèles accueillent autant de plantes sauvages typiques de l'écosystème local, qu'elles soient indigènes et liées aux cultures autochtones ou issues de la colonisation européenne. Rangées selon leur taille pour former un escalier ascendant entouré de sentiers, elles sont aussi étiquetées et présentées en alignements mathématiques de pots de différents formats selon leurs besoins spécifiques en matière de radication et d'espacement.

Et, clé de cet énigmatique catalogue à ciel ouvert, au cœur de l'installation émerge un poste d'observation hybride qui associe la fonction traditionnelle de banc de jardin à celle d'interface technologique avec l'environnement. À première vue, il s'agit d'une rassurante et accueillante aire de repos et de contemplation : ouvert sur trois côtés et en particulier sur le boisé, cet assemblage de produits ordinaires de l'industrie forestière forme un généreux siège continu autour d'une jardinière géante. Cependant, passée la première impression, le visiteur est à nouveau confronté à une conception plutôt troublante du jardin.

Il découvre en effet une station de traitement et de diffusion de l'information recueillie dans les bandes végétales par un dispositif de surveillance. Car exactement comme la vie ordinaire de nos villes, et spécialement comme le moindre mouvement dans nos stationnements, l'activité des plantes et des animaux est systématiquement enregistrée. Les images ainsi recueillies sont ensuite analysées et enrichies de commentaires scientifiques par un système informatique autonome. Ainsi se construit tout au long de l'été une narration électronique des invisibles lents processus en cours et des micro-événements quotidiens.

Les concepteurs

Natalie Tan est titulaire d'une maîtrise en architecture de l'Université nationale de Singapour. Après avoir été stagiaire en architecture à Los Angeles puis à Singapour, elle s'est installée à Toronto comme designer indépendante en 2002. Avec Daniel Karpinski, elle est l'auteure d'un projet de complexe multifonctions qui s'inscrit dans le cadre prestigieux de la reconversion des chantiers navals de Gdansk, en Pologne. Marc Böhlen est quant à lui un artiste, historien de l'art et ingénieur formé en Suisse et aux États-Unis. Il est enseignant et chercheur universitaire en art technologique et médiatique, discipline qui correspond aussi à sa pratique artistique. Natalie Tan et Marc Böhlen développent depuis 2001 des projets communs à caractère anti-utilitaire, empreints d'une vision optimiste de l'environnement contemporain et qui tentent une synthèse entre paysage, technologie, infrastructure et nature.

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Hal Ingberg; Québec, Canada
Réflexions colorées: envelopper et cadrer la nature sauvage/Coloured Reflections : Wrapping and Framing Savage Nature


Une énigmatique lame de verre vert tranche la forêt tout en s'y fondant : l'architecte Hal Ingberg condense à Métis dix années d'interrogations et d'expérimentations sur le thème de la dialectique architecture-paysage.

Le jardin

C'est un prisme triangulaire vert pris dans la forêt, noyé. Mais inversement, c'est aussi un enclos de verre qui enserre une portion de boisé restée à l'état sauvage. C'est un objet qui se coule dans son environnement et le prolonge en le reflétant. Mais c'est aussi un lieu qui se fond dans son site par effet de transparence teintée. Ni tout à fait transparent, ni tout à fait réfléchissant, pas exactement mimétique mais tout de même vert et luisant, c'est à la fois un abîme pour les sens et un abîme de sens, sans compter que tout cela change en permanence avec la lumière ambiante. Et encore faut-il se perdre pour espérer s'y perdre car le visiteur doit d'abord le dénicher puis le contourner pour découvrir son entrée détournée.

L'architecte montréalais Hal Ingberg tire ainsi profit d'un site exploité pour la première fois à l'occasion de cette quatrième édition du Festival : au bout de la promenade, un morceau de la forêt environnante, tel que trouvé là. L'une de ses grandes sources d'inspiration pour ce projet est d'ailleurs un objet architectural trouvé : un édicule ruiné, envahi par de grands arbres, découvert il y a près de dix ans lors de son séjour en Italie en tant que Prix de Rome (1993-1994). Cette troublante image de cour intérieure accidentelle n'a depuis lors jamais cessé de l'accompagner dans ses démarches architecturales par rapport au paysage.

Par ailleurs, ce thème qui occupe une place particulière dans sa carrière, Hal Ingberg le traite ici avec ce qui est devenu son médium de prédilection : le panneau de verre laminé double épaisseur avec film coloré intercalaire, matériau qu'il a apprivoisé pendant qu'il travaillait à Londres (1997-1998) et déployé récemment à Montréal, à grande échelle, dans le cadre de l'agrandissement du palais des congrès.

Le concepteur

L'architecte Hal Ingberg est lauréat du prix de Rome du Conseil des arts du Canada et a séjourné dans la capitale italienne en 1993-1994. Actif à Montréal depuis 1985, il a également œuvré à Londres auprès des architectes Harper Mackay (1997-1998). Comme le montrent les sources de ses Réflexions colorées créées à Métis, ces deux expériences étrangères furent déterminantes dans son itinéraire créatif qui culmine à ce jour dans l'agrandissement du palais des congrès de Montréal.

 

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MÉTIS extra-muros


Pierre Thibault; Québec, Canada
Les jardins mobiles
New Richmond, Québec, Canada


L'architecte Pierre Thibault invente pour New-Richmond un système modulaire de mise en tension art-environnement : entre ville, mer et montagne s'installent des jardins roulants, flottants, lumineux, perchés...

Le projet

Le projet de Pierre Thibault pour New-Richmond porte en épigraphe une citation d'un autre artiste explorateur du territoire québécois, René Derouin : « L'art est un engagement global qui intègre l'environnement, le social, la culture et le politique. Une fois partagé avec le public, il s'inscrit dans notre mémoire collective. »

Et c'est bien la force de l'architecte que d'avoir su articuler Les jardins mobiles avec les dimensions environnementale, sociale et politique du splendide parc de la pointe Taylor. La création de ce parc sur la baie des Chaleurs résulte en effet d'un partenariat entre la Ville de New-Richmond et une entreprise papetière et le parc fait aujourd'hui cohabiter activités sociales et valorisation écologique. Un territoire, une histoire et des réalités contemporaines auxquelles Pierre Thibault s'arrime habilement en proposant un cadre évolutif d'expression des sensibilités au paysage, et en particulier des composantes de la conscience collective qui a permis au parc de la pointe Taylor de naître et de se développer harmonieusement.

Il s'agit d'un plan pour trois ans qui se développera de 2004 à 2006. Le concepteur ouvrira la voie en mettant en place une structure d'élaboration de jardins in situ et en y produisant une première série d'œuvres qui iront se promener sur le site. Puis, d'autre créateurs reconnus, des groupes scolaires et des associations culturelles seront invités à s'exprimer avec le médium jardinier mis au point par Pierre Thibault. Et chaque année, le public choisira de rendre permanents certains des jardins, dans un emplacement précis.

Pour donner force poétique et cohérence plastique à un dispositif participatif, appropriatif et évolutif, le concepteur a imaginé un canevas d'intervention artistique qui prescrit des formats rigoureux, l'utilisation systématique d'éléments locaux et des modes bien définis d'insertion contrastante dans le paysage. La famille comprendra des jardins roulants, flottants, lumineux et perchés dont les caractéristiques imposées sont conçues pour qu'ils dialoguent avec les éléments dominants de l'environnement.

Ainsi, parmi les jardins mobiles que Pierre Thibault lancera dans un premier temps figureront : des signaux lumineux dans la forêt, sur la plage ou sur l'eau qui présenteront sous cloche, comme des œuvres d'art, des plantes indigènes ou une collection d'objets déposés par la mer; des jardins roulants qui mettront en mouvement les éléments déterminants de l'environnement; et enfin, des jardins flottants et des jardins perchés qui mettront en valeur différentes composantes du paysage de la pointe Taylor.

Le concepteur

L'architecte Pierre Thibault est lauréat de nombreux prix au Québec, au Canada et à l'étranger, dont le prix de Rome du Conseil des arts du Canada. Le projet Les jardins mobiles qu'il a conçu pour le parc de la pointe Taylor à New-Richmond prolonge une fructueuse démarche d'exploration architecturale du territoire québécois qui a notamment déjà inspiré l'installation De l'igloo au gratte-ciel (Paris, jardins des Tuileries, 1999), l'architecture de la villa du lac du Castor (Grandes-Piles, Québec, 2000) et l'intervention paysagère Les Jardins d'hiver (Parc de conservation des Grands-Jardins, Charlevoix, 2003).

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L'Espace DRAR (Patricia Lussier, Anna Radice); Québec, Canada
À propos du blanc,
Amqui, Québec, Canada

Invitées à créer un jardin dans le boisé bordant la rivière Matapédia à Amqui, les designers paysagistes de L'Espace DRAR déploient un ample et élégant dispositif qui valorise l'ensemble de la vallée en tant que paysage et lieu d'histoire.

Le projet

Pour rayonner dans sa région et faire rayonner sa région au moyen de son environnement et de sa culture, la ville d'Amqui trouve en Patricia Lussier et Anna Radice d'inventives complices. Ainsi, dans leur projet d'aménagement paysager et jardinier intitulé À propos du blanc, depuis les bornes de foin qui guident les automobilistes vers le boisé du monastère jusqu'aux interventions dans ses clairières, tout est manipulation légère de la matière du paysage et tout est illuminé d'une blancheur éclatante qui rappelle simultanément le marquage du premier chemin Kempt, la tournée du laitier dans la vallée et la craie sur l'ardoise des Ursulines enseignantes.

Dans le boisé attenant au monastère des Ursulines et bordé par la rivière Matapédia, principal théâtre de l'aménagement paysager, six jardins en clairière verront le jour entre 2003 et 2006. Au rythme de deux jardins par an, c'est un réseau qui se constituera progressivement pour former une promenade sensorielle de découverte de l'histoire de la région, et tout spécialement de son splendide paysage.

Simultanément, l'illumination laiteuse du bocage des Ursulines gagnera en étendue et en intensité, à mesure que les troncs de ses arbres seront tendus de toiles blanches ou blanchis à la chaux, d'abord autour des clairières, puis partout ailleurs. Ainsi mis en lumière, le boisé deviendra le gardien et témoin de l'évolution de son environnement. Nuage rayonnant dans le paysage, il sera aussi le signal de sa propre remise en valeur.

Pour les visiteurs, arrivés par la route côtière 132, ce signal sera clairement perçu comme identification de leur but. Ils seront en effet entrés dans la vallée guidés par d'attirantes balles de foin elles aussi drapées de blanc. Numérotées, ces bornes paysagères les auront ensuite accompagnés jusqu'à Amqui en décomptant pour eux le nombre de bornes restant à franchir, à la manière du système de marquage en blanc, sur les arbres, du premier chemin Kempt.

À l'intérieur du bocage, l'évocation sensible de l'histoire de la vallée se prolongera à l'échelle jardinière et en couleurs. Les six clairières seront aménagées selon autant de thèmes. Le mouvement, tout d'abord : l'avancée des glaciers façonnant le territoire, les ondulations du paysage qui en résultent, ainsi que la crue des eaux, seront exprimées dans un jardin de bosses et de creux en zone inondable. Le défrichage, ensuite : la création du paysage agricole par le feu et au prix d'un travail acharné sera la source d'inspiration du deuxième jardin. Puis viendront au fil des ans un jardin potager de légumes oubliés, un jardin d'agrément, une clairière dédiée à l'agriculture et une autre à la rivière et au saumon.

Finalement, À propos du blanc est avant tout l'occasion d'une nouvelle appropriation culturelle de leur environnement pour les résidants d'Amqui qui s'offrent ainsi un lieu chargé de leur histoire, à vivre et à partager au quotidien.

Les conceptrices

L'Espace DRAR (du rêve à la réalité) est un duo de créatrices formées en architecture de paysage. Depuis leur association, Patricia Lussier et Anna Radice développent une forte pratique artistique de leur discipline qui les a déjà menées de Métis à Santiago du Chili en passant par Montréal, Hull et la vallée de l'Hudson. Au programme en ce moment, à Montréal : l'aménagement d'une toiture végétalisée pour un bâtiment vert et le projet Matérialiste qui se réalisera cet été au complexe environnemental Saint-Michel.

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Mousse architecture de paysage (Charlotte Gaudette, Emmanuelle Tittley); Québec, Canada
Éruption
Montréal, Québec, Canada

Une stimulante interprétation de la thématique imposée des jardins suspendus : exactement à l'opposé de ce que furent ceux de Babylone, voici un puissant révélateur de la formidable fertilité ordinaire des sols les plus vils.

Le projet

Éruption au complexe environnemental Saint-Michel de Montréal et à la Cité des arts du cirque : sous forme de tours comme jaillies du terrain, les strates de déchets accumulés apparaissent au grand jour, couronnées de la luxuriante végétation qui y a déjà pris racine. Échos à la Place des Arts : imprimées sur textile, les images de ces couches de remblai flottent élégamment au-dessus du bassin et recomposent par transparence l'empilement original.

Charlotte Gaudette et Emmanuelle Tittley réinterprètent ainsi avec imagination et à-propos la thématique des jardins suspendus proposée pour cette intervention coordonnée, en deux points éloignés mais néanmoins liés de la ville. Car les deux sites ont en effet des caractéristiques et un vécu partagés que le duo Mousse architecture de paysage a su exprimer avec vigueur et finesse dans son projet Éruption.

Tout d'abord, il existe une ressemblance d'ordre topographique. Les deux endroits désignés ont une situation urbaine dominante : l'un se trouve au sommet d'une butte panoramique au complexe environnemental Saint-Michel et l'autre est une terrasse en contre-haut de la rue Sainte-Catherine. Et Mousse d'installer un belvédère sur la butte, avec vue sur? une fosse à déchets à ciel ouvert. Mieux, il apparaît que cette audacieuse démarche de rapprochement n'a rien d'ironique : il s'agit plutôt d'une stratégie d'éveil du visiteur à une réalité méconnue; il s'agit plutôt de faire du site d'enfouissement l'objet d'une curiosité d'intensité comparable à celle que génère la vie de la plus importante artère commerciale de Montréal.

Et les architectes paysagistes ne laisseront pas leur public en reste. En référence amusée aux méthodes des géologues, elles révèlent la composition, l'histoire et l'actualité du sol de l'ancienne carrière Miron sous la forme de spectaculaires carottes de déchets alignées. Les deux premières strates sont de pierre et de béton et rappellent quel rôle essentiel la carrière à joué dans l'édification de la ville et, en particulier, dans le développement de son centre-ville moderne. Les deux suivantes sont de métal et de verre et pointent la seconde vie des rebuts traités au complexe. La cinquième est de compost, produit de recyclage local qui recouvre progressivement les dépôts d'ordure et forme le substrat sur lequel se développe la dernière couche, celle de végétation. Car colonisée par les plantes pionnières, la décharge se mue en parc quasi spontané à une vitesse étonnante.

Fertilité galopante qui nous ramène au thème du jardin suspendu et à son archétype babylonien, lieu sacré et artifice complet en terre aride, parfait contre-exemple de la réalité dévoilée par Éruption. Et Mousse de boucler la boucle en un autre retournement de situation : dans le bassin ornemental de la Place des Arts, pièce jardinière de prestige par excellence, trempent de délicat voilages qui portent haut l'image des strates de rebuts exposées à la Cité des arts du cirque. En transparence, on lit une tour de déchets couverte de verdure au milieu des tours de bureaux construites avec le béton de la carrière Miron. Faut-il y voir une invitation à verdir les toits pour faire respirer la ville?

Les conceptrices

Fortes d'expériences similaires à caractère social, communautaire et éducatif, les architectes paysagistes Charlotte Gaudette et Emmanuelle Tittley collaborent depuis trois ans. Elles ont conçu et réalisé ensemble plusieurs espaces de plein air pour des Centres de la petite enfance et synthétisé leur expérience dans un guide d'aménagement des aires extérieures de services de garde. Leur bureau Mousse architecture de paysage étend désormais ses activités au domaines scolaire et résidentiel, et jusque dans le Grand-Nord.


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MÉTIS international

NIP paysage (Mathieu Casavant, France Cormier, Josée Labelle, Michel Langevin, Mélanie Mignault); Québec, Canada
Flore laurentienne
Ortus Artis, San Lorenzo de Padula, Italie


Avec un à-propos remarquable, reprenant le titre du grand ouvrage d'inventaire v&e