Festival international de jardins Accueil - Jardins de Métis
Accueil

Histoire du Festival
Festival international de jardins
  < Édition 2006
  < Édition 2005
  < Édition 2004
  < Édition 2003
  < Édition 2002
  < Édition 2001
  < Édition 2000

Nouvelles
Les concepteurs

Les concepteurs de l'édition 2002 (format PDF, 5.38 Mo)

Randy Cohen, Anne Cormier, Howard Davies
Christopher Bradley-Hole
Bonita Bulaitis
Marco Antonini, Roberto Capecci, Raffaella Sini
Christopher Bruce Matthews, Taco Iwashima
Paul Cooper
Charlotte Gaudette, Emmanuelle Tittley
Marie-Claude Massicotte, Raquel Peñalosa (Gustavo Ramirez Nieto, Lise Rivest)

 

Atelier Big City (Randy Cohen, Anne Cormier, Howard Davies); Québec, Canada
Garden Party


« Entrez dehors » semble nous lancer l'invitante rampe que l'on découvre à l'entrée du site. Et c'est bien d'une évocation caricaturale des pièces de séjour d'extérieur typiques de l'habitat nord-américain qu'il s'agit : une terrasse hyper-construite en guise de jardin, une cascade de planchers bien lisses posés sur une puissante structure, fortement ancrée dans le sol, digne d'un véritable bâtiment permanent.

Nettement référentiel aussi de par son emploi des composants standardisés offerts par l'industrie du bois d'œuvre, l'objet intrigue cependant par sa forme. Irrégulier, il s'ajuste aux limites de la haute végétation existante. Allongé, relativement linéaire, il s'enfonce dans le site et propose de l'y suivre. Et ce d'autant plus que son énigmatique profil ascendant impose l'idée d'une résolution au bout du parcours, d'une possible vue vers un lointain, d'une éventuelle ouverture sur un ailleurs d'une autre nature, sauvage peut-être.

L'expérience confirme le pressentiment car, effectivement, cette rampe débouche sur un observatoire suspendu dans le paysage. De plus, en chemin, on aura découvert un long banc de repos et une imposante structure abritant des mangeoires pour oiseaux. Délimitée par un garde-corps continu, la terrasse s'affirme donc clairement comme une interface avec l'environnement naturel, un dispositif d'observation planifié.

Comme son nom le laisse présager, Garden Party révèle aussi une fonctionnalité de terrain de jeu social. Une large brèche dans la terrasse donne sur un généreux escalier au pied duquel s'ouvre une plage de verre bleu. Appuyé sur le mur de soutènement de la terrasse et fermé par une clôture alternant des sections formant banc et des portions à usage de jardinière, l'espace à des allures de carré de sable. Dernier clin d'œil à la douce vie des jardins anonymes : livrée tout équipée, la machine à habiter dehors possède son barbecue. On la quittera par une autre rampe et l'on comprendra qu'il s'agissait aussi d'une promenade architecturale dans le paysage.

Les concepteurs

L'Atelier Big City est formé des architectes Anne Cormier, Randy Cohen et Howard Davies, lauréats de nombreux prix et concours d'architecture au Québec et au Canada, dont le prix de Rome du Conseil des arts du Canada qui leur a été décerné en 1998. Leur pratique, et tout particulièrement leur approche du paysage, est intimement liée à la Gaspésie. En effet, le territoire gaspésien porte deux de leurs plus importantes réalisations : le Centre d'interprétation du bourg de Pabos, à Pabos Mills (1992-94) et le Parc de l'aventure basque en Amérique, à Trois-Pistoles (1995-96). Ils viennent par ailleurs de remporter le concours pour une nouvelle identification architecturale de la Place-des-Arts de Montréal.

Haut de la page

Christopher Bradley-Hole; Royaume-Uni /United Kingdom
Layers


Layers est composé à la manière de couches géologiques superposées, ou sur le modèle de la stratification des éléments entrant dans la composition d'un jardin (le sol, la végétation, la terrasse, le mobilier?), ou encore en référence aux interrelations entre composants naturels et artificiels d'un aménagement paysager.

Foncièrement horizontal, le jardin se développe sous la forme d'un grand rectangle intégralement tramé dans un esprit de recherche de pureté des proportions. La source de son expressivité plastique se trouve cependant dans son épaisseur : une série de couches de différents matériaux s'empilent sans se superposer exactement, provoquant des effets de surface et de profondeur, indiquant les itinéraires, et précisant les fonctions.

La couche de référence, en bois, est à la fois celle qui forme chemin à travers le jardin et celle qui encadre littéralement tous les autres éléments de la composition. Dans les découpes de cette couche principale apparaît une sous-couche de même nature mais fortement colorée. Cette strate se pose directement sur la plus basse couche, le sol, planté ou couvert de gravier.

D'autres épaisseurs viennent s'ajouter au-dessus du niveau de la couche de référence : celles des bancs et des plans d'eau glissés par endroits dans la grille. Les saillies, les retraits et les ressauts, ainsi que les contrastes de matières et de couleurs, apparaissent comme autant d'accidents géologiques et encouragent la progression à travers le jardin, à la recherche de configurations inédites, ou au contraire, d'effets de déclinaison, de répétition ou de symétrie. Complément vertical de l'ensemble, les blocs végétaux insérés dans la trame : ils sont plantés d'herbes qui forment des volumes mouvants et scintillants sous les effets conjoints du vent et du soleil.

Le concepteur

Initialement formé en architecture, Christopher Bradley-Hole dirige à Londres son bureau de design de jardins et de paysage. Il réalise des aménagements à toutes les échelles, au Royaume-Uni comme à l'étranger, et toujours à la recherche de la pureté spatiale et de l'harmonie mathématique des proportions. Il est lauréat de plusieurs concours de design et a reçu de multiples prix dans le cadre du Chelsea Flower Show.

Haut de la page

Bonita Bulaitis; Royaume-Uni /United Kingdom
No Strings Attached


Cherchant à distance à se rattacher à la réalité paysagère de son site d'intervention, Bonita Bulaitis a trouvé deux ancrages stimulants pour son travail de création. Il s'agit d'une part des oies qui migrent depuis le territoire canadien et s'installent près de chez elle en hiver, et d'autre part de l'image du cratère météorique de la région de Manicouagan, visible seulement depuis l'espace. Mais il ne faudra pas chercher de représentation directe de ces éléments ni de message codé dans son No Strings Attached, car Bonita Bulaitis est avant tout une plasticienne qui se laisse porter par ses intuitions.

Ce jardin rectangulaire propose un itinéraire en zigzag entre les chemins principal et secondaire qui l'encadrent. Aux deux accès, une masse herbeuse et un groupe bien vertical de peupliers plantés selon une trame diagonale accueillent le promeneur. Les autres éléments dominants et tout aussi contrastants de la composition sont déjà bien visibles : une vibrante coulée curviligne d'hémérocalles rouges contourne un parallélépipède blanc en suspension au-dessus d'un puissant banc de bois sombre.

Au sol, à l'approche du grand volume blanc, le gravier noir qui guide le visiteur cède la place à un carré désaxé revêtu d'éclats de pierre blanche. Et là s'arrête le tonifiant jeu des contrastes tranchés : la boîte blanche s'avère être un tressage irrégulier de corde, filtre subtil, de transparence variable, qui laisse pénétrer des filets de couleurs, de textures et de formes en provenance du jardin et du paysage qui l'entoure. Montés sur de fines tiges métalliques qui leur permettent de se balancer, des miroirs horizontaux en acrylique ceinturent l'espace d'éclats de lumière. Les visiteurs pourront à leur guise en contempler les effets changeants assis sur le banc ou, debout, y composer une infinité de cadrages de ciel, d'arbres et de visages ébahis.

La conceptrice

Bonita Bulaitis mène une carrière de designer paysagiste depuis 18 ans. Elle est connue du grand public britannique pour son travail d'animatrice et ses interventions dans diverses émissions télévisées. Elle est également impliquée dans l'enseignement de sa spécialité en tant que tutrice auprès d'étudiants dans une école de design londonienne. Elle travaille actuellement à un projet d'aménagement paysager public à Hanovre. Elle revendique une approche intuitive du design paysager visant à la création d'espaces qui stimulent les sens pour mettre le cœur et l'âme en fête.

Haut de la page

LAND-I (Marco Antonini, Roberto Capecci, Raffaella Sini); Italie/Italy
Ombre


Les voies d'accès au site ont été soigneusement encombrées d'imposantes buttes formées à partir des 70 m3 de terre excavés pour l'occasion. La traversée plutôt intimidante de ces canyons-chicanes ménage un effet de surprise en masquant le jardin et constitue une excellente mise en condition du visiteur par la théâtralisation de son entrée.

Vient alors un grand choc, à la fois visuel, émotionnel et intellectuel. Tout le sol de la vaste étendue n'est que sable inerte, sans vie végétale aucune. Rien, strictement rien ne s'élève au-dessus de son niveau pour prendre l'air ou la lumière. Fait plus troublant encore, d'une inquiétante beauté plastique, la texture du jardin y est inscrite en creux : 49 excavations rectangulaires parfaitement régulières, absolument identiques et nettement anthropométriques se partagent l'intégralité du terrain. Disposées sans logique apparente, elles ne laissent que de rares espaces praticables formant un itinéraire à découvrir. L'ensemble fait irrésistiblement penser à une nécropole livrée aux archéologues.

Puis, tout s'éclaire : les fosses s'avèrent être de petites constructions en négatif très soignées, ourlées d'un délicat palier en dépression. Elles sont manifestement savamment proportionnées pour jouer avec la lumière de manière contrastante par rapport au boisé environnant, façon de rappeler qu'après tout, l'ombre est une composante essentielle de tout jardin comme de toute architecture. Et de plus, rassurant paradoxe, au fond de chacune des excavations apparaît une riche vie florale. Ainsi, le caractère aride et répétitif du plan d'ensemble est finalement contrebalancé, à une autre échelle, par la diversité de micro-jardins débordant de vie et de couleurs qu'abritent les fosses ombragées.

Finalement, le groupe Land-I jette un éclairage valorisant sur deux grandes formes d'ombre qui habitent les jardins : celle, visible, qui contribue à définir les espaces et les formes; et celle, enfouie mais toujours porteuse pour qui sait la ressusciter, de l'histoire du site.

Les concepteurs

Land-I est un groupe d'architectes et paysagistes romains formé de Marco Antonini, Roberto Capecci et Raffaella Sini. Au cours des dernières années, ils se sont fait connaître à l'échelle européenne grâce à leurs créations temporaires dans le cadre du Festival di Arte Topiaria 2001 à Lucca (Italie), de l'événement Temporare Garten 2001 à Berlin (Allemagne), et de l'édition 2000 du Festival International des jardins de Chaumont-sur-Loire (France). Ils précisent avec humour qu'ils profitent de leur passage à Métis pour réaliser un projet inconcevable à Rome, oł il est à peu près impossible de donner le moindre coup de pioche sans tomber sur un artefact de civilisation ancienne et devoir en conséquence tout arrêter pour laisser travailler les archéologues.

Haut de la page

Christopher Bruce Matthews, Taco Iwashima; États-Unis/United States
The You are Here Garden


À Métis, y sommes-nous vraiment lorsque nous y sommes? Et aussi, oł sommes-nous vraiment lorsque nous y sommes? Voilà les questions que pose The You Are Here Garden, projet né des réflexions de ses concepteurs sur le rapport du touriste aux lieux qu'il visite. Et en effet, oł sommes-nous exactement lorsque nous abordons un lieu avec l'esprit libre du vacancier mais néanmoins programmés par nos lectures de guides de voyage ? Pour Christopher Bruce Matthews et Taco Iwashima, le point annoté « You are here » typique des cartes de sites touristiques représente bien ce lieu abstrait que visite en fait le touriste.

Et le principal attrait touristique contemporain de Métis-sur-mer, soit son décor de lieu de villégiature historique lui-même emprunté à une Écosse mythique, leur a suggéré une autre référence pour leur intervention au Festival. Il s'agit des classiques cartes postales « Wish You Were Here » symptomatiques du sentiment de déracinement qu'éprouve le touriste dans les endroits pourtant hyper-civilisés oł il se les procure.

Jouant sur ces deux référents, Christopher Bruce Matthews et Taco Iwashima proposent une mise en scène d'un fragment de pré sauvage prélevé à proximité du site, littéralement transplanté, et qui retournera dans son paysage d'origine après le Festival. Accueilli par une boîte postale, le visiteur traversera d'abord une impression photographique du lieu d'origine de l'implant sur un rideau monumental aux proportions de carte postale. Viendra ensuite la traversée en aveugle d'une forêt de banderoles « You are here » et la découverte hasardeuse de deux non-lieux déposés dans ce labyrinthe.

La principale destination de cette amusante et déconcertante promenade à tâtons dans l'abstrait est une salle rectangulaire à ciel ouvert oł le morceau de territoire vierge déplacé est présenté dans un enclos jardinier. Là, on tournera autour du carré de pré étranger et on l'observera comme jamais on ne l'aurait fait sur son site d'origine. Trois chaises Adirondack invitent ici à s'engager dans une méditation sur l'expérience contemporaine des lieux et, en particulier, des paysages. Une quatrième se trouve cachée ailleurs dans le jardin, pour prolonger la réflexion dans une sorte de caisson d'isolation paysagère.

Les concepteurs

Christopher Bruce Matthews est un architecte paysagiste d'origine britannique et Taco Iwashima est un spécialiste du graphisme à l'échelle environnementale originaire du Japon. Tous deux ont longtemps travaillé au sein du bureau Tokyo Landscape Architects, au Japon, et sont aujourd'hui actifs à Cambridge, aux États-Unis. À eux deux, ils ont notamment collaboré avec les architectes Tadao Ando et Toyo Ito, et réalisé des créations temporaires remarquées dont un jardin sur le thème des éléments naturels pour le premier Festival de jardins de Chaumont-sur-Loire (France, 1992), un jardin zen composé de pissenlits au Salon des arts de Kyoto (Japon, 1998) et un jardin d'épouvantails fonctionnels à la Triennale d'art Echigo Tsumari (Niigita, Japon, 2000).

Haut de la page

Paul Cooper; Royaume-Uni /United Kingdom
The Eden Laboratory


Inspiré par un antique traité de botanique, le provoquant concepteur de jardins Paul Cooper a créé pour le Festival un véritable laboratoire d'expérimentation sur la croissance des plantes, une machine à tester et à démontrer aux visiteurs les réactions d'organismes végétaux à diverses altérations de leurs conditions naturelles de développement.

L'espace est divisé en six îlots dédiés aux diverses expériences et disposés dans un esprit à la fois formaliste et fonctionnaliste, sur un sol uniformément recouvert de gravier. Deux des zones expérimentales possèdent, en reflet symétrique, un groupe de référence qui croît sans contrainte et offre donc des points de comparaison. Singeant plus avant les méthodes et l'univers scientifiques, ce jardin de test organise plusieurs fois chaque expérience, le plus souvent derrière une clôture grillagée : la répétition est gage de validité des résultats et l'isolation protège des interférences tout en faisant planer au-dessus des installations un inquiétant parfum de secret.

Détaillons les expériences et leur mise en forme. Trois carrés de neuf pièges à plante permettent respectivement d'étudier : les phénomènes de géotropisme et phototropisme conjoints (sensibilité à la gravité contre sensibilité à la lumière); les effets de la filtration colorée de la lumière sur la croissance; et l'hydrotropisme, capacité à détecter et atteindre une source d'eau. Par ailleurs, la plus machiniste des installations articule deux alignements de dix potences qui visent à comparer la hauteur de plantes soumises ou non à une force extérieure de traction verticale. Enfin, de part et d'autre de ce dispositif, deux édicules circulaires, une chambre noire et son contraire la serre, démontrent l'impact de la privation de lumière.

Là oł l'on attend de lui une réflexion sur l'art des jardins et une proposition pour son renouvellement, l'irrévérencieux Paul Cooper s'ingénie donc plutôt à rétablir sa filiation avec la très ancienne obsession scientifique et mercantile de maîtrise du développement de leur matière première, les végétaux. Après tout, l'artiste jardinier n'est-il pas lui aussi très préoccupé de contrôler l'environnement et de soumettre le vivant?

Le concepteur

Sculpteur et enseignant universitaire, Paul Cooper s'est lancé dans le design de jardins en 1984. Depuis lors, il cumule les honneurs : médailles d'or, d'argent et de bronze de la Royal Horticultural Society et Sword of Excellence du Chelsea Flower Show, notamment. Il reçoit aussi une très large audience, en particulier au travers de ses créations et interventions à la télévision et à la radio de la BBC. Et par ailleurs, il multiplie les coups d'éclats critiques et controversés : Cool and Sexy Garden, 1994; jardin de pièces d'automobiles pour Ford, 1997; encadrement d'étudiants pour un jardin dans le métro de Londres en 2001...

Haut de la page

Mousse architecture de paysage (Charlotte Gaudette, Emmanuelle Tittley); Québec, Canada
Catimini


Malgré ses allures de « folerie » enfantine débridée, la création de Charlotte Gaudette et Emmanuelle Tittley est en fait la matérialisation d'un bilan très raisonné de leurs expériences en matière de design de jardins pour enfants. Mais l'application systématique de leurs connaissances se fait bien entendu sur le mode poétique : les architectes paysagistes ont puisé dans leurs souvenirs d'enfance, dans l'iconographie du jardin dans la littérature pour enfants et dans la vision du rapport des enfants à la nature de l'artiste new-yorkaise Pia Massie, qu'elles ont impliquée dans le projet.

Le résultat, c'est un jardin qui s'appréhende par l'expérience motrice, sensorielle et ludique, qui engage le corps, stimule les sens et invite au jeu et à l'audace. Ainsi, un sentier de pierres plates se transforme en une capricieuse succession de rochers à parcourir par bonds toujours plus risqués, les blés sont aromatisés à la nicotine pour exciter l'odorat et faire plonger les nez dans les fleurs, et la fraîcheur malléable d'un ruisseau au lit de pierres et de billes de verre appelle irrésistiblement les mains au toucher.

Et Catimini est aussi un jardin de mystères qui provoque l'imagination. Il est caché pour ménager un effet de surprise et son accès se fait soit par une structure de tuyaux de cuivre qui révélera son statut de tonnelle à mesure que les plantes grimpantes l'envahiront, soit par un épais rideau de plantes géantes qui procurent le vertige typique des jeux d'échelles. De même, à l'intérieur, le jardin ne se livre pas au premier regard mais distille plutôt ses secrets au fil de l'exploration. À la manière de son ruisseau, par exemple, qui se termine par une spirale oł l'eau disparaît mystérieusement, et prend sa source dans une chute de billes de verres derrière laquelle on se réfugiera sous un halo de miroitements bleutés. Une autre cachette, végétale celle-ci, attend d'ailleurs le visiteur en fin de parcours, derrière un labyrinthe de tiges de saule. Et là, surprise...

Les conceptrices

Fortes d'expériences similaires à caractère social, communautaire et éducatif, les architectes paysagistes Charlotte Gaudette et Emmanuelle Tittley collaborent depuis deux ans. Elles ont conçu et réalisé ensemble plusieurs espaces de plein air pour des Centres de la petite enfance et synthétisé leur expérience dans un guide d'aménagement des aires extérieures de services de garde. La rédaction de cet ouvrage les a convaincues de l'intérêt de leurs principes de conception de jardins pour enfants dans une démarche de renouvellement plus générale de l'art des jardins, et c'est à Métis qu'elles ont trouvé la scène pour expérimenter l'idée.

Haut de la page

Marie-Claude Massicotte, Raquel Peñalosa (Gustavo Ramirez Nieto, Lise Rivest); Québec, Canada
A Garden is Never Finished


Au départ était la clairière. Les architectes paysagistes Marie-Claude Massicotte et Raquel Peńalosa l'ont vue comme un jardin latent, un espace contenant un désir de jardin similaire à celui qu'elles éprouvent en permanence. Elles l'ont perçu aussi comme une trace d'occupation, un souvenir de vacances, un terrain de jeu saisonnier en attente, un lieu prêt à vivre une nouvelle page de son histoire.

Autour de leur volonté de partager intensément leur vision poétique du site, s'est formée l'idée d'étendre dans le présent et dans l'action son potentiel et son mouvement de transformation permanente : A Garden Is Never Finished, projet de jardin interactif et participatif, était né. Avec la complicité du scénographe et graphiste Gustavo Ramirez Nieto et de la cartographe et graphiste Lise Rivest, les designers ont alors défini leur stratégies pour amener les visiteurs à « toucher à la terre qui attend; sentir les odeurs des fines herbes fraîchement coupées; laisser parler leurs mains en répandant les semences; caresser, palper les mousses, s'initier à leurs textures; s'abandonner, suivre le mouvement, se plier pour planter, arroser, modeler. »

Derrière un groupe de peupliers faux-trembles qui prolonge l'enveloppe boisée du site, un filtre de graminées : les designers ont fermé la clairière et posé le premier geste de plantation. À l'intérieur du jardin secret, un ensemble de sous-espaces définis de manière plastique (fracture, sillon) ou graphique (cercles de couleurs primaires) s'offre aux expériences jardinières des visiteurs. On s'y installe à genoux sur des pastilles rembourrées qui sont autant de petites scènes individuelles transformant les visiteurs en acteurs de leur propre spectacle jardinier. Pivot de la composition, l'atelier coordonne implicitement les activités au fil de la saison en offrant des accessoires pour préparer le terrain, planter, semer, arroser et récolter.

Et pour que prenne forme cette idée de jardin participatif inspirée du théâtre-action d'Augusto Boal, les conceptrices et leurs complices joueront dans l'anonymat au public-jardinier, pour inciter les vrais visiteurs à se laisser aller, à relancer en permanence ce jardin qui se veut contemporain en ce sens qu'il est en constant devenir, ancré dans le présent et dans l'action.

Les conceptrices

L'architecte paysagiste Marie-Claude Massicotte est chef d'équipe au Service des parcs, des jardins et des espaces verts de la Ville de Montréal oł elle est en particulier responsable de l'aménagement du complexe environnemental de Saint-Michel (ancienne carrière Miron). Raquel Peńalosa est quant à elle architecte paysagiste indépendante. Formée à l'Université de Montréal, elle a d'abord pratiqué en Californie et en France. Depuis 1993, elle œuvre au Québec en tant que consultante, notamment auprès du Service des parcs, des jardins et des espaces verts de la Ville de Montréal et des Mosaļcultures.

Haut de la page