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Les
concepteurs de l'édition 2002 (format PDF, 5.38
Mo)
Randy Cohen, Anne Cormier, Howard Davies
Christopher
Bradley-Hole
Bonita Bulaitis
Marco Antonini, Roberto Capecci, Raffaella Sini
Christopher Bruce Matthews, Taco Iwashima
Paul Cooper
Charlotte Gaudette, Emmanuelle Tittley
Marie-Claude Massicotte, Raquel Peñalosa (Gustavo
Ramirez Nieto, Lise Rivest)
Atelier
Big City (Randy Cohen, Anne Cormier, Howard Davies);
Québec, Canada
Garden Party
« Entrez
dehors » semble nous lancer l'invitante rampe que l'on découvre
à l'entrée du site. Et c'est bien d'une évocation caricaturale
des pièces de séjour d'extérieur typiques de l'habitat
nord-américain qu'il s'agit : une terrasse hyper-construite en guise
de jardin, une cascade de planchers bien lisses posés sur une puissante
structure, fortement ancrée dans le sol, digne d'un véritable
bâtiment permanent.
Nettement référentiel
aussi de par son emploi des composants standardisés offerts par l'industrie
du bois d'œuvre, l'objet intrigue cependant par sa forme. Irrégulier,
il s'ajuste aux limites de la haute végétation existante.
Allongé, relativement linéaire, il s'enfonce dans le site
et propose de l'y suivre. Et ce d'autant plus que son énigmatique
profil ascendant impose l'idée d'une résolution au bout du
parcours, d'une possible vue vers un lointain, d'une éventuelle ouverture
sur un ailleurs d'une autre nature, sauvage peut-être.
L'expérience
confirme le pressentiment car, effectivement, cette rampe débouche
sur un observatoire suspendu dans le paysage. De plus, en chemin, on aura
découvert un long banc de repos et une imposante structure abritant
des mangeoires pour oiseaux. Délimitée par un garde-corps
continu, la terrasse s'affirme donc clairement comme une interface avec
l'environnement naturel, un dispositif d'observation planifié.
Comme son nom
le laisse présager, Garden Party révèle aussi une fonctionnalité
de terrain de jeu social. Une large brèche dans la terrasse donne
sur un généreux escalier au pied duquel s'ouvre une plage
de verre bleu. Appuyé sur le mur de soutènement de la terrasse
et fermé par une clôture alternant des sections formant banc
et des portions à usage de jardinière, l'espace à des
allures de carré de sable. Dernier clin d'œil à la douce
vie des jardins anonymes : livrée tout équipée,
la machine à habiter dehors possède son barbecue. On la quittera
par une autre rampe et l'on comprendra qu'il s'agissait aussi d'une promenade
architecturale dans le paysage.
Les concepteurs
L'Atelier Big
City est formé des architectes Anne Cormier, Randy Cohen et Howard
Davies, lauréats de nombreux prix et concours d'architecture au Québec
et au Canada, dont le prix de Rome du Conseil des arts du Canada qui leur
a été décerné en 1998. Leur pratique, et tout
particulièrement leur approche du paysage, est intimement liée
à la Gaspésie. En effet, le territoire gaspésien porte
deux de leurs plus importantes réalisations : le Centre d'interprétation
du bourg de Pabos, à Pabos Mills (1992-94) et le Parc de l'aventure
basque en Amérique, à Trois-Pistoles (1995-96). Ils viennent
par ailleurs de remporter le concours pour une nouvelle identification architecturale
de la Place-des-Arts de Montréal.
Christopher
Bradley-Hole; Royaume-Uni /United
Kingdom
Layers
Layers est composé
à la manière de couches géologiques superposées,
ou sur le modèle de la stratification des éléments
entrant dans la composition d'un jardin (le sol, la végétation,
la terrasse, le mobilier?), ou encore en référence aux interrelations
entre composants naturels et artificiels d'un aménagement paysager.
Foncièrement
horizontal, le jardin se développe sous la forme d'un grand rectangle
intégralement tramé dans un esprit de recherche de pureté
des proportions. La source de son expressivité plastique se trouve
cependant dans son épaisseur : une série de couches de
différents matériaux s'empilent sans se superposer exactement,
provoquant des effets de surface et de profondeur, indiquant les itinéraires,
et précisant les fonctions.
La couche de
référence, en bois, est à la fois celle qui forme chemin
à travers le jardin et celle qui encadre littéralement tous
les autres éléments de la composition. Dans les découpes
de cette couche principale apparaît une sous-couche de même
nature mais fortement colorée. Cette strate se pose directement sur
la plus basse couche, le sol, planté ou couvert de gravier.
D'autres épaisseurs
viennent s'ajouter au-dessus du niveau de la couche de référence :
celles des bancs et des plans d'eau glissés par endroits dans la
grille. Les saillies, les retraits et les ressauts, ainsi que les contrastes
de matières et de couleurs, apparaissent comme autant d'accidents
géologiques et encouragent la progression à travers le jardin,
à la recherche de configurations inédites, ou au contraire,
d'effets de déclinaison, de répétition ou de symétrie.
Complément vertical de l'ensemble, les blocs végétaux
insérés dans la trame : ils sont plantés d'herbes
qui forment des volumes mouvants et scintillants sous les effets conjoints
du vent et du soleil.
Le concepteur
Initialement
formé en architecture, Christopher Bradley-Hole dirige à Londres
son bureau de design de jardins et de paysage. Il réalise des aménagements
à toutes les échelles, au Royaume-Uni comme à l'étranger,
et toujours à la recherche de la pureté spatiale et de l'harmonie
mathématique des proportions. Il est lauréat de plusieurs
concours de design et a reçu de multiples prix dans le cadre du Chelsea
Flower Show.
Bonita
Bulaitis; Royaume-Uni /United Kingdom
No Strings Attached
Cherchant à
distance à se rattacher à la réalité paysagère
de son site d'intervention, Bonita Bulaitis a trouvé deux ancrages
stimulants pour son travail de création. Il s'agit d'une part des
oies qui migrent depuis le territoire canadien et s'installent près
de chez elle en hiver, et d'autre part de l'image du cratère météorique
de la région de Manicouagan, visible seulement depuis l'espace. Mais
il ne faudra pas chercher de représentation directe de ces éléments
ni de message codé dans son No Strings Attached, car Bonita Bulaitis
est avant tout une plasticienne qui se laisse porter par ses intuitions.
Ce jardin rectangulaire
propose un itinéraire en zigzag entre les chemins principal et secondaire
qui l'encadrent. Aux deux accès, une masse herbeuse et un groupe
bien vertical de peupliers plantés selon une trame diagonale accueillent
le promeneur. Les autres éléments dominants et tout aussi
contrastants de la composition sont déjà bien visibles :
une vibrante coulée curviligne d'hémérocalles rouges
contourne un parallélépipède blanc en suspension au-dessus
d'un puissant banc de bois sombre.
Au sol, à
l'approche du grand volume blanc, le gravier noir qui guide le visiteur
cède la place à un carré désaxé revêtu
d'éclats de pierre blanche. Et là s'arrête le tonifiant
jeu des contrastes tranchés : la boîte blanche s'avère
être un tressage irrégulier de corde, filtre subtil, de transparence
variable, qui laisse pénétrer des filets de couleurs, de textures
et de formes en provenance du jardin et du paysage qui l'entoure. Montés
sur de fines tiges métalliques qui leur permettent de se balancer,
des miroirs horizontaux en acrylique ceinturent l'espace d'éclats
de lumière. Les visiteurs pourront à leur guise en contempler
les effets changeants assis sur le banc ou, debout, y composer une infinité
de cadrages de ciel, d'arbres et de visages ébahis.
La conceptrice
Bonita Bulaitis
mène une carrière de designer paysagiste depuis 18 ans.
Elle est connue du grand public britannique pour son travail d'animatrice
et ses interventions dans diverses émissions télévisées.
Elle est également impliquée dans l'enseignement de sa spécialité
en tant que tutrice auprès d'étudiants dans une école
de design londonienne. Elle travaille actuellement à un projet d'aménagement
paysager public à Hanovre. Elle revendique une approche intuitive
du design paysager visant à la création d'espaces qui stimulent
les sens pour mettre le cœur et l'âme en fête.
LAND-I
(Marco Antonini, Roberto Capecci, Raffaella Sini);
Italie/Italy
Ombre
Les voies d'accès
au site ont été soigneusement encombrées d'imposantes
buttes formées à partir des 70 m3 de terre excavés
pour l'occasion. La traversée plutôt intimidante de ces canyons-chicanes
ménage un effet de surprise en masquant le jardin et constitue une
excellente mise en condition du visiteur par la théâtralisation
de son entrée.
Vient alors
un grand choc, à la fois visuel, émotionnel et intellectuel.
Tout le sol de la vaste étendue n'est que sable inerte, sans vie
végétale aucune. Rien, strictement rien ne s'élève
au-dessus de son niveau pour prendre l'air ou la lumière. Fait plus
troublant encore, d'une inquiétante beauté plastique, la texture
du jardin y est inscrite en creux : 49 excavations rectangulaires
parfaitement régulières, absolument identiques et nettement
anthropométriques se partagent l'intégralité du terrain.
Disposées sans logique apparente, elles ne laissent que de rares
espaces praticables formant un itinéraire à découvrir.
L'ensemble fait irrésistiblement penser à une nécropole
livrée aux archéologues.
Puis, tout s'éclaire :
les fosses s'avèrent être de petites constructions en négatif
très soignées, ourlées d'un délicat palier en
dépression. Elles sont manifestement savamment proportionnées
pour jouer avec la lumière de manière contrastante par rapport
au boisé environnant, façon de rappeler qu'après tout,
l'ombre est une composante essentielle de tout jardin comme de toute architecture.
Et de plus, rassurant paradoxe, au fond de chacune des excavations apparaît
une riche vie florale. Ainsi, le caractère aride et répétitif
du plan d'ensemble est finalement contrebalancé, à une autre
échelle, par la diversité de micro-jardins débordant
de vie et de couleurs qu'abritent les fosses ombragées.
Finalement,
le groupe Land-I jette un éclairage valorisant sur deux grandes formes
d'ombre qui habitent les jardins : celle, visible, qui contribue à
définir les espaces et les formes; et celle, enfouie mais toujours
porteuse pour qui sait la ressusciter, de l'histoire du site.
Les concepteurs
Land-I est un
groupe d'architectes et paysagistes romains formé de Marco Antonini,
Roberto Capecci et Raffaella Sini. Au cours des dernières années,
ils se sont fait connaître à l'échelle européenne
grâce à leurs créations temporaires dans le cadre du
Festival di Arte Topiaria 2001 à Lucca (Italie), de l'événement
Temporare Garten 2001 à Berlin (Allemagne), et de l'édition 2000
du Festival International des jardins de Chaumont-sur-Loire (France). Ils
précisent avec humour qu'ils profitent de leur passage à Métis
pour réaliser un projet inconcevable à Rome, oł il est à
peu près impossible de donner le moindre coup de pioche sans tomber
sur un artefact de civilisation ancienne et devoir en conséquence
tout arrêter pour laisser travailler les archéologues.
Christopher
Bruce Matthews, Taco Iwashima; États-Unis/United
States
The You are Here Garden
À Métis,
y sommes-nous vraiment lorsque nous y sommes? Et aussi, oł sommes-nous vraiment
lorsque nous y sommes? Voilà les questions que pose The You Are Here
Garden, projet né des réflexions de ses concepteurs sur le
rapport du touriste aux lieux qu'il visite. Et en effet, oł sommes-nous
exactement lorsque nous abordons un lieu avec l'esprit libre du vacancier
mais néanmoins programmés par nos lectures de guides de voyage
? Pour Christopher Bruce Matthews et Taco Iwashima, le point annoté
« You are here » typique des cartes de sites touristiques
représente bien ce lieu abstrait que visite en fait le touriste.
Et le principal
attrait touristique contemporain de Métis-sur-mer, soit son décor
de lieu de villégiature historique lui-même emprunté
à une Écosse mythique, leur a suggéré une autre
référence pour leur intervention au Festival. Il s'agit des
classiques cartes postales « Wish You Were Here »
symptomatiques du sentiment de déracinement qu'éprouve le
touriste dans les endroits pourtant hyper-civilisés oł il se les
procure.
Jouant sur ces
deux référents, Christopher Bruce Matthews et Taco Iwashima
proposent une mise en scène d'un fragment de pré sauvage prélevé
à proximité du site, littéralement transplanté,
et qui retournera dans son paysage d'origine après le Festival. Accueilli
par une boîte postale, le visiteur traversera d'abord une impression
photographique du lieu d'origine de l'implant sur un rideau monumental aux
proportions de carte postale. Viendra ensuite la traversée en aveugle
d'une forêt de banderoles « You are here » et
la découverte hasardeuse de deux non-lieux déposés
dans ce labyrinthe.
La principale
destination de cette amusante et déconcertante promenade à
tâtons dans l'abstrait est une salle rectangulaire à ciel ouvert
oł le morceau de territoire vierge déplacé est présenté
dans un enclos jardinier. Là, on tournera autour du carré
de pré étranger et on l'observera comme jamais on ne l'aurait
fait sur son site d'origine. Trois chaises Adirondack invitent ici à
s'engager dans une méditation sur l'expérience contemporaine
des lieux et, en particulier, des paysages. Une quatrième se trouve
cachée ailleurs dans le jardin, pour prolonger la réflexion
dans une sorte de caisson d'isolation paysagère.
Les concepteurs
Christopher
Bruce Matthews est un architecte paysagiste d'origine britannique et Taco
Iwashima est un spécialiste du graphisme à l'échelle
environnementale originaire du Japon. Tous deux ont longtemps travaillé
au sein du bureau Tokyo Landscape Architects, au Japon, et sont aujourd'hui
actifs à Cambridge, aux États-Unis. À eux deux, ils
ont notamment collaboré avec les architectes Tadao Ando et Toyo Ito,
et réalisé des créations temporaires remarquées
dont un jardin sur le thème des éléments naturels pour
le premier Festival de jardins de Chaumont-sur-Loire (France, 1992), un
jardin zen composé de pissenlits au Salon des arts de Kyoto (Japon,
1998) et un jardin d'épouvantails fonctionnels à la Triennale
d'art Echigo Tsumari (Niigita, Japon, 2000).
Paul
Cooper; Royaume-Uni /United Kingdom
The Eden Laboratory
Inspiré
par un antique traité de botanique, le provoquant concepteur de jardins
Paul Cooper a créé pour le Festival un véritable laboratoire
d'expérimentation sur la croissance des plantes, une machine à
tester et à démontrer aux visiteurs les réactions d'organismes
végétaux à diverses altérations de leurs conditions
naturelles de développement.
L'espace est
divisé en six îlots dédiés aux diverses expériences
et disposés dans un esprit à la fois formaliste et fonctionnaliste,
sur un sol uniformément recouvert de gravier. Deux des zones expérimentales
possèdent, en reflet symétrique, un groupe de référence
qui croît sans contrainte et offre donc des points de comparaison.
Singeant plus avant les méthodes et l'univers scientifiques, ce jardin
de test organise plusieurs fois chaque expérience, le plus souvent
derrière une clôture grillagée : la répétition
est gage de validité des résultats et l'isolation protège
des interférences tout en faisant planer au-dessus des installations
un inquiétant parfum de secret.
Détaillons
les expériences et leur mise en forme. Trois carrés de neuf
pièges à plante permettent respectivement d'étudier :
les phénomènes de géotropisme et phototropisme conjoints
(sensibilité à la gravité contre sensibilité
à la lumière); les effets de la filtration colorée
de la lumière sur la croissance; et l'hydrotropisme, capacité
à détecter et atteindre une source d'eau. Par ailleurs, la
plus machiniste des installations articule deux alignements de dix potences
qui visent à comparer la hauteur de plantes soumises ou non à
une force extérieure de traction verticale. Enfin, de part et d'autre
de ce dispositif, deux édicules circulaires, une chambre noire et
son contraire la serre, démontrent l'impact de la privation de lumière.
Là oł
l'on attend de lui une réflexion sur l'art des jardins et une proposition
pour son renouvellement, l'irrévérencieux Paul Cooper s'ingénie
donc plutôt à rétablir sa filiation avec la très
ancienne obsession scientifique et mercantile de maîtrise du développement
de leur matière première, les végétaux. Après
tout, l'artiste jardinier n'est-il pas lui aussi très préoccupé
de contrôler l'environnement et de soumettre le vivant?
Le concepteur
Sculpteur et
enseignant universitaire, Paul Cooper s'est lancé dans le design
de jardins en 1984. Depuis lors, il cumule les honneurs : médailles
d'or, d'argent et de bronze de la Royal Horticultural Society et Sword of
Excellence du Chelsea Flower Show, notamment. Il reçoit aussi une
très large audience, en particulier au travers de ses créations
et interventions à la télévision et à la radio
de la BBC. Et par ailleurs, il multiplie les coups d'éclats critiques
et controversés : Cool and Sexy Garden, 1994; jardin de pièces
d'automobiles pour Ford, 1997; encadrement d'étudiants pour un jardin
dans le métro de Londres en 2001...
Mousse
architecture de paysage (Charlotte Gaudette, Emmanuelle Tittley);
Québec, Canada
Catimini
Malgré
ses allures de « folerie » enfantine débridée,
la création de Charlotte Gaudette et Emmanuelle Tittley est en fait
la matérialisation d'un bilan très raisonné de leurs
expériences en matière de design de jardins pour enfants.
Mais l'application systématique de leurs connaissances se fait bien
entendu sur le mode poétique : les architectes paysagistes ont
puisé dans leurs souvenirs d'enfance, dans l'iconographie du jardin
dans la littérature pour enfants et dans la vision du rapport des
enfants à la nature de l'artiste new-yorkaise Pia Massie, qu'elles
ont impliquée dans le projet.
Le résultat,
c'est un jardin qui s'appréhende par l'expérience motrice,
sensorielle et ludique, qui engage le corps, stimule les sens et invite
au jeu et à l'audace. Ainsi, un sentier de pierres plates se transforme
en une capricieuse succession de rochers à parcourir par bonds toujours
plus risqués, les blés sont aromatisés à la
nicotine pour exciter l'odorat et faire plonger les nez dans les fleurs,
et la fraîcheur malléable d'un ruisseau au lit de pierres et
de billes de verre appelle irrésistiblement les mains au toucher.
Et Catimini
est aussi un jardin de mystères qui provoque l'imagination. Il est
caché pour ménager un effet de surprise et son accès
se fait soit par une structure de tuyaux de cuivre qui révélera
son statut de tonnelle à mesure que les plantes grimpantes l'envahiront,
soit par un épais rideau de plantes géantes qui procurent
le vertige typique des jeux d'échelles. De même, à l'intérieur,
le jardin ne se livre pas au premier regard mais distille plutôt ses
secrets au fil de l'exploration. À la manière de son ruisseau,
par exemple, qui se termine par une spirale oł l'eau disparaît mystérieusement,
et prend sa source dans une chute de billes de verres derrière laquelle
on se réfugiera sous un halo de miroitements bleutés. Une
autre cachette, végétale celle-ci, attend d'ailleurs le visiteur
en fin de parcours, derrière un labyrinthe de tiges de saule. Et
là, surprise...
Les conceptrices
Fortes d'expériences
similaires à caractère social, communautaire et éducatif,
les architectes paysagistes Charlotte Gaudette et Emmanuelle Tittley collaborent
depuis deux ans. Elles ont conçu et réalisé ensemble
plusieurs espaces de plein air pour des Centres de la petite enfance et
synthétisé leur expérience dans un guide d'aménagement
des aires extérieures de services de garde. La rédaction de
cet ouvrage les a convaincues de l'intérêt de leurs principes
de conception de jardins pour enfants dans une démarche de renouvellement
plus générale de l'art des jardins, et c'est à Métis
qu'elles ont trouvé la scène pour expérimenter l'idée.
Marie-Claude
Massicotte, Raquel Peñalosa (Gustavo Ramirez Nieto, Lise Rivest);
Québec, Canada
A Garden is Never Finished
Au départ
était la clairière. Les architectes paysagistes Marie-Claude
Massicotte et Raquel Peńalosa l'ont vue comme un jardin latent, un espace
contenant un désir de jardin similaire à celui qu'elles éprouvent
en permanence. Elles l'ont perçu aussi comme une trace d'occupation,
un souvenir de vacances, un terrain de jeu saisonnier en attente, un lieu
prêt à vivre une nouvelle page de son histoire.
Autour de leur
volonté de partager intensément leur vision poétique
du site, s'est formée l'idée d'étendre dans le présent
et dans l'action son potentiel et son mouvement de transformation permanente :
A Garden Is Never Finished, projet de jardin interactif et participatif,
était né. Avec la complicité du scénographe
et graphiste Gustavo Ramirez Nieto et de la cartographe et graphiste Lise
Rivest, les designers ont alors défini leur stratégies pour
amener les visiteurs à « toucher à la terre qui
attend; sentir les odeurs des fines herbes fraîchement coupées;
laisser parler leurs mains en répandant les semences; caresser, palper
les mousses, s'initier à leurs textures; s'abandonner, suivre le
mouvement, se plier pour planter, arroser, modeler. »
Derrière
un groupe de peupliers faux-trembles qui prolonge l'enveloppe boisée
du site, un filtre de graminées : les designers ont fermé
la clairière et posé le premier geste de plantation. À
l'intérieur du jardin secret, un ensemble de sous-espaces définis
de manière plastique (fracture, sillon) ou graphique (cercles de
couleurs primaires) s'offre aux expériences jardinières des
visiteurs. On s'y installe à genoux sur des pastilles rembourrées
qui sont autant de petites scènes individuelles transformant les
visiteurs en acteurs de leur propre spectacle jardinier. Pivot de la composition,
l'atelier coordonne implicitement les activités au fil de la saison
en offrant des accessoires pour préparer le terrain, planter, semer,
arroser et récolter.
Et pour que
prenne forme cette idée de jardin participatif inspirée du
théâtre-action d'Augusto Boal, les conceptrices et leurs complices
joueront dans l'anonymat au public-jardinier, pour inciter les vrais visiteurs
à se laisser aller, à relancer en permanence ce jardin qui
se veut contemporain en ce sens qu'il est en constant devenir, ancré
dans le présent et dans l'action.
Les conceptrices
L'architecte
paysagiste Marie-Claude Massicotte est chef d'équipe au Service des
parcs, des jardins et des espaces verts de la Ville de Montréal oł
elle est en particulier responsable de l'aménagement du complexe
environnemental de Saint-Michel (ancienne carrière Miron). Raquel
Peńalosa est quant à elle architecte paysagiste indépendante.
Formée à l'Université de Montréal, elle a d'abord
pratiqué en Californie et en France. Depuis 1993, elle œuvre
au Québec en tant que consultante, notamment auprès du Service
des parcs, des jardins et des espaces verts de la Ville de Montréal
et des Mosaļcultures.
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